jardinsuisse 1/2026 7 POINT DE MIRE Biotopes L’importance des étangs (axw) Essentiels à la biodiversité, à la captation du carbone, à la réten- tion de l’eau mais aussi au bien-être humain, les étangs offrent des so- lutions naturelles aux enjeux envi- ronnementaux et sociétaux actuels. «On constate un réel décalage entre l’importance réelle des étangs et la façon dont ils sont perçus par les décideurs», explique Aurélie Bois- sezon, professeure HES assistante à la Haute école du paysage, d’ingé- nierie et d’architecture de Genève (HEPIA). Largement sous-estimés, les paysages d’étangs constituent des écosystèmes aquatiques riches, bénéfiques, mais aussi vulnérables. Sont considérés comme des étangs les eaux stagnantes, naturelles ou créées par l’humain, d’une sur- face allant jusqu’à cinq hectares et d’une profondeur maximale de cinq mètres. Ils représentent en- viron 30 % de l’étendue en eaux stagnantes de la planète, soit large- ment plus que les lacs. En Europe, ils concentrent 70 % des espèces d’eau douce, qui sont pour la plupart rares, endémiques ou menacées, et contribuent aussi à l’absorption de l’eau, limitant ainsi la surcharge des réseaux et d’éventuelles inon- dations. Ils favorisent l’épuration des écoulements d’eaux de pluie et possèdent un grand potentiel de captation de carbone s’ils sont bien entretenus. L’équipe de la biologiste Aurélie Boissezon a participé à une vaste étude européenne sur ces biotopes. «Les étangs apportent des services écosystémiques importants. Cette interdépendance des milieux bio- logiques et humains souligne l’im- portance de préserver leur qualité», explique Aurélie Boissezon. L’étude promeut la revalorisation d’étangs existants mais aussi la construction de nouveaux sites. La recherche sur les étangs se poursuit aujourd’hui avec le projet européen Biodiversa+. Photo: Jérémy Toma/Wiki Détecter le stress hydrique des arbres (axw) Les scénarios climatiques prévoient des étés plus chauds et plus secs. Pour renforcer la résilience des forêts face aux changements climatiques, communes, paysagistes ou encore forestiers doivent savoir comment les essences réagissent à la hausse des températures et au manque d’eau. Le défi réside dans la grande com- plexité des processus. De plus, chaque essence réagit différemment à la chaleur et à la sécheresse, et ce, en fonction de son emplacement. Jusqu’à présent, les études menées étaient coûteuses et ne pouvaient généralement être réalisées que sur des arbres isolés. La télédétection à l’aide de drones, d’avions ou de satellites change la donne. «Nous voulions utiliser des images prises par des drones pour déterminer comment les essences indigènes réa- gissent à la sécheresse et quelles straté- gies elles mettent en œuvre. Et ce, tant sur l’ensemble de la période de crois- sance qu’au cours d’une seule journée», explique Petra D’Odorico, géographe à l’Institut fédéral de recherches sur la fo- rêt, la neige et le paysage (WSL). Petra D’Odorico a analysé à l’aide de caméras spéciales les changements dans les houp- piers de sept essences indigènes (érable sycomore, chêne, épicéa, charme, hêtre commun, pin sylvestre, sapin). Pour ce faire, elle a survolé à plusieurs reprises, pendant la canicule de 2023, la forêt mixte du site de recherche Swiss Canopy Crane II (SCCII) de l’Université de Bâle à Hölstein (canton de Bâle-Campagne); les données aériennes sont comparées sur place aux mesures effectuées sur les arbres. Les caméras utilisées sont ca- pables d’enregistrer des zones invisibles du spectre lumineux. Elles détectent un pigment particulier, que les arbres pro- duisent pour protéger leurs feuilles d’un ensoleillement excessif en période de sé- cheresse. «Cela nous permet de repérer si un arbre est soumis à un stress aigu avant même que les dommages ne soient vi- sibles à l’œil nu», explique la chercheuse. Mais cette réaction à court terme ne dit pas tout. Lorsque la sécheresse persiste, les feuilles se décolorent ou tombent. En plus de la protection contre la lumière, les scientifiques mesurent donc la densité des houppiers et leur couleur. «La combi- naison de ces deux mesures nous donne une meilleure vue d’ensemble.» Les images prises par drone ont permis d’identifier les réactions spécifiques de chaque espèce. «Nous avons par exemple observé que les chênes se remettent plus rapidement d’une journée chaude que d’autres essences», explique Petra D’Odorico. «Les conifères ne montrent des signes de stress hydrique qu’avec un certain retard, avant de dépérir soudaine- ment.» Cette méthode de mesure pourrait à l’avenir aider à surveiller les forêts à grande échelle, mais également les parcs urbains. Petra D’Odorico étudie désor- mais également le cèdre du Liban ou le hêtre d’Orient. Elle souhaite ainsi identi- fier les essences susceptibles de remplacer certaines espèces indigènes trop sensibles. Les scientifiques étudient les réactions au stress de différentes essences à l’aide de caméras multispectrales fixées sur des drones. Photo: Petra D’Odorico/WSL
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