20 jardinsuisse 1/2026 ACTUALITÉS DE LA BRANCHE pollinisation et des effets en cascade sur les cultures. «À l’automne, la prédation peut conduire à une véritable paralysie du buti- nage», souligne Daniel Chérix. Risque pour les professionnels Pour les horticulteurs, le problème dépasse la biodiversité. Les nids secondaires, ins- tallés en hauteur et détectés tardivement, représentent un danger pour la sécurité des équipes. Un seul nid peut produire plusieurs milliers d’individus, dont des centaines de futures reines prêtes à coloniser de nou- veaux territoires. La stratégie de lutte repose donc sur la détection précoce, la destruc- tion ciblée des nids et la mobilisation du terrain. «Chaque nid détruit avant l’au- tomne, ce sont des centaines de reines en moins l’année suivante», rappelle l’ento- mologiste. Les professionnels sont invités à participer activement au repérage des nids primaires au printemps et à signaler toute observation via la plateforme nationale (www.frelonasiatique.ch). Pucerons: changer de logique Après avoir replacé le sol au cœur des équi- libres biologiques, la lutte contre les nui- sibles s’inscrit naturellement dans une approche de biocontrôle raisonné. Rava- geurs majeurs des cultures maraîchères et ornementales, les pucerons affaiblissent les plantes par prélèvement de sève, favorisent la fumagine et, surtout, transmettent de nombreux virus à leurs hôtes. Leur capacité de reproduction rapide met en difficulté les stratégies exclusivement chimiques. À Lullier, le Dr François Lefort, profes- seur HES ordinaire et responsable de la fi- lière Agronomie à l’HEPIA (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève), a présenté des données sans am- biguïté: «Les essais prouvent l’efficacité des biopesticides et révèlent en outre un effet biostimulant, se traduisant par des rende- ments accrus, par exemple dans les cultures de chou.» La protection ne se limite plus à Le biocontrôle, arme contre les nuisibles Scarabées japonais et frelon asiatique sont de véritables défis pour les professionnels. Une journée de formation ACL à Lullier a exploré les pistes de lutte durable: bioinsecticides, champignons entomophages et renforcement par les microorganismes utiles du sol. Texte: Jean-Luc Pasquier La lutte contre le scarabée japonais, extrêmement vorace, coûte très cher. photo: Wikimedia / KKPCW «Entre sols et parasites, toute une histoire… vivante!» Le titre de la journée de formation continue ACL, organisée le mercredi 4 fé- vrier 2026 à Lullier, donnait le ton. Devant près de 200 participants réunis dans l’aula, la question était claire: comment gérer des organismes nuisibles dans des systèmes vi- vants de plus en plus interconnectés? Introduit accidentellement en Europe vers 2004 , le frelon asiatique (Vespa velutina ni- grithorax) a été observé pour la première fois en Suisse en 2017. Depuis, sa progression s’accélère. «Nous ne sommes plus dans une phase d’alerte, mais clairement dans une phase d’invasion», explique Daniel Chérix, entomologiste à l’UNIL. Prédateur très effi- cace, le frelon asiatique exerce une pression forte sur les hyménoptères, en particulier les abeilles domestiques. Les conséquences sont pertes de colonies, une baisse de la Identifier – Corps sombre, thorax noir – Abdomen majoritairement noir avec une bande orangée – Extrémité des pattes jaune vif – Nid sphérique, souvent haut dans les arbres. Agir sur le terrain – Ne jamais intervenir seul – Ne pas détruire un nid sans autorisation – Signaler immédiatement avec photo et localisation: www.frelonasiatique.ch Limiter les risques – Informer les équipes – Baliser les zones suspectes – Éviter les tailles ou travaux à proximité des nids en été–automne. En cas de piqûre – Désinfection immédiate, glace locale. – Consultation médicale urgente en cas de réactions allergiques, piqûres multiples ou atteinte tête/cou. Frelon asiatique: que faire? Lutte chimique – Action rapide et souvent radicale – Risques de résistances élevés – Effets collatéraux sur la biodiversité – Résidus sur cultures et dans l’environ- nement. Biocontrôle (micro-organismes) – Action progressive mais ciblée – Faible pression de sélection, d’où moins de résistances – Respect des auxiliaires et du sol vivant – Effet complémentaire possible: stimu- lation de la croissance et des défenses des plantes. À retenir Le biocontrôle réduit la dépendance aux solutions chimiques s’il est intégré dans une stratégie cohérente, fondée sur l’ob- servation, les seuils d’intervention et la santé globale du système sol–plante. Lutte chimique ou biocontrôle éliminer un ravageur: elle soutient aussi la physiologie de la plante. Certaines solutions issues du vivant sont déjà bien implantées en Suisse, notamment des molécules d’ori- gine microbienne produites par des bactéries du sol, agissant sur le système nerveux des insectes avec un impact environnemental réduit. Mais l’attention se porte surtout sur les champignons entomophages, capables d’infecter les pucerons directement à tra- vers leur cuticule. Parmi les espèces les plus utilisées figurent Beauveria bassiana, Meta- rhizium anisopliae et Paecilomyces fumosoro- seum. «Les essais montrent des mortalités significatives, mais aussi un effet indirect sur la croissance et la vigueur des cultures. Ces solutions exigent toutefois précision et méthode: conditions climatiques favorables, applications répétées et intégration dans une stratégie globale», conclut François Lefort. Une lutte plus durable, où l’on gère un éco- système plutôt qu’un problème isolé.
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